Explication de textes:

08 - CASSIEN

 

I. Le discours de Pinufius (Institutions III)
II. Le but et la fin du moine (Conférence 1 - Abba Moïse)

 


LE DISCOURS DE PINUFIUS
Institutions III



Introduction

1


L'introduction expose le motif du difficile accès à la vie du monastère (voir le plan de Institutions 4 : dix jours de probation). C'est donc pour qu'on ne s'engage pas à la légère.

Cassien met l'accent, comme le fera plus tard Benoît, sur la considération des fins dernières : ciel ou peines éternelles. Elles sont la sanction de l'engagement sur la voie du bien ou sur la voie du mal. C'est le thème juif des deux voies qui commence le psautier, que l'on retrouve dans la littérature judéo-chrétienne.

On s'engage pour le service du Christ - Chez Benoît pour militer sous le vrai Roi, le Seigneur Christ.



Départ vers la perfection


2 et 3

Pour comprendre "le sérieux de la profession", il faut se tourner vers le sérieux de la croix du Christ.

Le renoncement qu'implique la sortie du monde est symbolisé par la croix, signe de la mise à mort à soi-même. La croix est donc un symbole ; elle n'est pas à prendre à la lettre comme le faisaient certains moines, au dire de Cassien (Conf. VIII, 3, 5). C'est un signe sensible de réalités invisibles, un "sacramental". Elle est signe de notre mort au monde. Les clous, c'est la "crainte du Seigneur". Il s'agit d'une crainte amoureuse, d'une crainte mêlée d'amour, comme l'indique la double notation : "l'attention du coeur tournée vers le lieu où il va passer", "les yeux de l'âme fixés là où nous devons à tout moment espérer aller". Nous avons ici le thème de la vigilance, cher aux Pères du désert. Cette crainte amoureuse fera donc que "nos volontés et nos désirs" ne seront plus centrés sur nos convoitises, mais fixés sur le crucifié. L'exemple du crucifié est donné comme modèle de détachement du monde. Le thème du martyre dont nous avons parlé dans le premier chapitre est ici sous-jacent.

Si saint Benoît parle peu de la croix, il n'est pas difficile de trouver dans la Règle cette disposition qui inclut la foi, l'espérance et la charité.



4

Maintenant, il s'agit des exigences pour être fidèle à ce renoncement. Ce morceau est scandé par trois : "Prends garde", qui soulignent le triple renoncement que doit consentir celui qui s'engage au monastère :

Le premier est le détachement des biens matériels : les richesses qui sont comparées à la tunique dont on s'est dépouillé (en ref. à Matth. 24, 18). Ici encore, avec le mot : nuditas, on a sous-jacent le thème du combat spirituel (les lutteurs combattaient nus), et du martyre.

Le second détachement est celui des biens du coeur "("te souvenir" = re-corderis = rappeler au coeur).On a les mots : "soins et souci" qui nous rappellent l'amerimna. Là encore, référence est faite à l'Evangile (Luc 9, 62).

Le troisième détachement est de se quitter soi-même. A noter que la "connaissance savoureuse des psaumes ou de notre genre de vie" qui est une bonne chose, peut engendrer l'orgueil qui en est une mauvaise. Ceci nous rappelle que les Pères du désert présentaient l'orgueil comme le vice le plus dur à déraciner, justement parce qu'il peut naître de nos progrès.

Au premier détachement correspond notre voeu de pauvreté, au second celui de chasteté, au troisième celui d'obéissance.

À la fin de ce paragraphe sur le détachement de soi-même, on a une phrase qui résume ce qui vient d'être dit sur les 3 détachements qui sont nettement définis comme un dépouillement, une "nudité", thème que l'on avait aperçu plus haut. "Que tu as professée devant Dieu et ses anges" a été repris par saint Benoît (Ch. 58, 17-18). La profession monastique est donc un dépouillement pour un combat.

Suit encore un paragraphe qui insiste sur l'humilité, comme le fera Benoît, et qui souligne aussi qu'il faut toujours progresser, sinon on "retombe plus bas". Cette idée sera reprise par Bernard qui dit : "Qui ne progresse pas, recule".



5

La même idée se poursuit. A noter que l'on fait profession "de l'humilité et de la pauvreté du Christ". On a la même idée : profession = dépouillement.

Au début de chaque paragraphe, il est question du serpent, en référence à Genèse 3, 14 : "Celle-ci te meurtrira à la tête, et toi, tu la meurtriras au talon". La tête du serpent, c'est le début des pensées. Il faut les découvrir à l'ancien. C'est ici la doctrine des Pères du désert : l'ouverture de coeur qui assure la victoire sur les pensées, que saint Benoît reprendra.



6

Voilà la conclusion de cette première partie : préparer son âme aux tentations et aux épreuves, et tendre à la perfection.

On retrouve ces idées dans bien des endroits de la Règle : "Etroite est la voie qui conduit à la vie" (5, 11). "Préparons nos corps et nos âmes à combattre" (Prologue) ; "Qu'on ne manque pas de l'avertir de tous les durs travaux et des aspérités de la voie qui mène à Dieu"(Ch. 58), et Ch. 7, quatrième degré.




Montée vers la charité

7

Le travail 5 porte sur ce chapitre. Les explications se trouvent donc à la suite : réponse au "Travail 3 - 8 Cassien et Benoît" et TABLEAU 13.

Ajoutons seulement quelques mots à propos du dernier paragraphe. Il se retrouve presque textuellement dans la Règle. Etablir un parallèle entre le texte latin de Cassien et le texte latin de Benoît est significatif. Une divergence intéressante: "amour du bien" devient : "amour du Christ", signe de la spiritualité christocentrique de Benoît.


8-9

Cassien nous donne maintenant une méthode pratique pour bien marcher vers la perfection : être aveugle, sourd, muet, et il en ajoute une quatrième : une obéissance pleine de "simplicité et de foi".

Remarquer le réalisme de Cassien : son expérience lui a appris que tout n'est pas parfait dans une communauté : "rares sont les hommes qui ont été purifiés". C'est pourquoi, il recommande au jeune de se laisser guider par l'exemple d'un seul, ou deux (actuellement le maître des novices et l'abbé) . C'est encore bien près de la spiritualité du désert. Avec Basile, et encore plus Augustin, la note sera différente.


10-11

La quatrième chose est l'obéissance "en toute simplicité et foi", qui suppose donc la fuite du murmure. Le dernier chapitre de 10 assure que c'est la condition de la persévérance.

Et 11 affirme l'importance de notre liberté dans la recherche de la vertu.



12

En conclusion, ce résumé nous trace encore une petite échelle de perfection qui peut être comparée aux deux autres (Voir 7).

 

 


LE BUT ET LA FIN DU MOINE
Conférence 1 - Abba Moïse

 

Fin, But, Moyens.


1-5

Dans une première partie, Cassien établit la distinction entre la fin et le but, en se servant de trois exemples : le paysan, le commerçant et le soldat où à première vue, but et fin semblent confondus. Puis il précise que la fin, le "Royaume des cieux" est à distinguer du but (scopos) qui consiste en un "vouloir de l'âme" : c'est la pureté du coeur qui est l'apathéia d'Évagre.

6-7

Ensuite, il distingue les moyens, "choses secondaires", qui nous aident à atteindre ce but. Les choses secondaires sont donc subordonnées à notre but : la pureté du coeur qui est la charité. En conséquence l'ascèse n'est pas à cultiver en elle-même, mais comme moyen de parvenir à la charité.

Ascèse et contemplation


8-10

Par l'exemple de Marthe et Marie, Cassien élargit cette vue et prouve que l'ascèse est subordonnée à la contemplation, la "meilleure part".

À remarquer dans le n° 9, en bon disciple d'Évagre, Cassien distingue deux sortes de contemplations : l'une où l'intelligence est active et se sert des idées pour prier : "on fait attention à quelques saints" ; et une autre où l'on parvient "à la vue de Dieu seul", donc contemplation sans idées, simple regard amoureux sur Dieu.

Dans le n° 10, il assure, évidemment, que l'ascèse est nécessaire : c'est grâce à elle que l'on pourra parvenir à la contemplation, comme c'est grâce à l'activité de Marthe que Marie peut contempler, mais qu'elle ne s'exercera que dans cette vie, tandis que la contemplation "ne connaîtra jamais de fin".



Les distractions

11-13

À la demande de Germain, l'abba Moïse commence par donner un principe général : la naissance des distractions ne vient pas de nous, mais ce qui dépend de nous, c'est de les accepter ou de les refuser.

Pourtant il ne faut pas dire trop vite qu'elles ne dépendent pas de nous, car nous sommes libres et devons faire effort pour qu'elles n'éclosent pas trop vite dans notre mémoire. C'est là le rôle de la lectio divina : meubler l'esprit pour que les distractions n'y entrent pas trop vite. Et c'est aussi le but de l'ascèse et de la prière : orienter notre âme vers Dieu.

Puis Cassien prend l'exemple d'une meule de moulin qui ne peut pas s'arrêter de tourner, car elle est toujours mise en mouvement par la force de l'eau, mais on peut très bien lui donner à moudre du bon grain ou du mauvais.




Le discernement des pensées

14

D'où l'importance de savoir discerner ses pensées. Ici aussi on a l'écho de l'enseignement des Pères du désert : l'ancien doit former le jeune à discerner ses pensées. Celles-ci peuvent avoir une triple cause qu'il faut savoir distinguer.

Devenir d' "habiles changeurs" selon le "précepte du Seigneur", fait allusion à ce qu'on appelle les "logia agrapha", (paroles non écrites), c'est à dire des mots du Seigneur qui ne nous ont pas été conservés par les Evangiles, mais par d'autres sources. Par exemple, les Actes des Apôtres nous en donnent un : "Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (20, 35). Celui des "habiles changeurs" nous a été conservé par Clément d'Alexandrie ; de là il est passé chez Origène, puis chez Cassien. Il y a de fortes chances qu'il soit véridique.




Conclusion

15

Se rappeler ce qui a été dit dans le cours sur les apophtegmes : "Autorité reconnue à la parole de l'ancien", et l'apophtegme de "Félix" (n° 12).