HOMÉLIE XII

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HOMÉLIE XII.

ET NOUS AVONS VU SA GLOIRE; SA GLOIRE, DIS-JE, COMME DU FILS UNIQUE DU PERE, ÉTANT PLEIN DE GRACE ET DE VÉRITÉ. (VERSET 14.)

 

1. Gloire comme du Fils unique du Père, ce que cela signifie.

2 et 3. Prodiges et miracles à l'avènement de Jésus-Christ. — Hérauts et prédicateurs. — Libre arbitre de l'homme. — La vertu est libre — Les miracles annonçaient Jésus-Christ, et manifestaient qu'il est le Fils unique de Dieu. — Miracles opérés invisiblement et visiblement à sa mort.

 

1. Peut-être dans notre dernier discours, mes chers frères, vous aurons-nous attristés et offensés ; peut-être vous aura-t-il paru que nous avons usé de paroles trop rudes, et que nous nous sommes trop étendus sur la paresse et la lâcheté de plusieurs. Si, en nous étendant ainsi et parlant en ces termes, nous avions seulement voulu vous faire de la peine, vous auriez tous raison de vous fâcher et de vous plaindre : mais c'est uniquement pour votre bien que nous nous sommes exposés à vous déplaire. Vous devez nous savoir gré de notre sollicitude, ou, tout au moins, nous pardonner en faveur de notre profonde affection. Car nous craignons fort que si vous ne répondez à notre zèle que par l'indifférence, vous n'ayez à rendre un plus rigoureux compte au Seigneur. Voilà précisément, mes frères, ce qui nous engage et nous oblige souvent à vous réveiller, à ranimer votre attention; de peur que vous ne perdiez un seul mot de ce que nous vous enseignons : car c'est pour vous le moyen de vivre en assurance en ce monde, et de vous présenter en l'autre avec confiance au tribunal de Jésus-Christ. Mais nous vous avons fait d'assez longues et d'assez fortes réprimandes la dernière fois : commençons donc aujourd'hui par vous expliquer tout de suite les paroles de notre Évangile

« Et nous avons vu sa gloire; sa gloire », dis-je, « comme du Fils unique du Père». Saint Jean, après avoir dit que nous avons été faits enfants de Dieu, et montré que cela n'est arrivé que parce que le Verbe s'est fait chair, déclare qu'il nous en est encore revenu un autre avantage. Quel est-il? C'est que « nous [154] avons vu sa          gloire; sa gloire, » dis-je, « comme du Fils unique du Père ». Et certes, nous ne l'aurions point vue cette gloire, si le Fils unique ne se fût montré à nous, revêtu du corps qu'il s'est uni. Si « les enfants d'Israël » ne purent regarder le visage de Moïse, qui n'était pas d'autre nature que nous, parce qu'il était resplendissant de lumière (Exo. XXXIV, 29; II Cor. III, 7) ; si un voile fut nécessaire pour couvrir et cacher la grande gloire qui environnait ce Juste, pour adoucir et tempérer l'éclat du visage du prophète, comment nous, qui ne sommes que boue et que terre, aurions-nous pu approcher de la Divinité toute pure, de cette lumière qui est inaccessible même aux vertus célestes? Le Fils unique du Père a donc habité parmi nous, afin que nous pussions librement approcher de lui, lui parler et demeurer avec lui.

Mais que signifient ces paroles : « La gloire, comme du Fils unique du Père » ? Plusieurs prophètes ont paru tout éclatants de gloire, comme Moïse lui-même, Elie, Elisée : l'un est monté au ciel dans un char de feu (IV lib. Rois, II,11) ; l'autre y a été enlevé (1). Après eux Daniel, les trois enfants, beaucoup d'autres, et tous ceux qui ont opéré des miracles, ont été glorifiés; de même, les anges qui se sont fait voir aux hommes dans la lumière et la splendeur de leur nature, et non-seulement les anges, mais aussi les Chérubins et les Séraphins qui ont apparu au prophète, couverts d'une grande gloire : mais l'évangéliste écartant de nous toutes ces choses, élevant nos esprits au-dessus de la splendeur et de la gloire des créatures, et des autres serviteurs nos compagnons, nous installe au comble même des biens et au centre de la gloire. Ce n'est pas la gloire d'un prophète, ni d'un ange, ni d'un archange, ni des vertus célestes, ni d'aucune autre créature, s'il en est, que nous avons vue mais nous avons vu la gloire du Seigneur même, du roi même, du vrai Fils unique même, de celui qui est le Seigneur de tous les hommes.

Ce mot : « comme », n'est point ici pour marquer une comparaison, un exemple, une similitude; mais pour établir et pour fixer

 

1. « Enlevé ». Le mot grec signifie proprement : Communi morte translatus. i. e. Elisée y a été enlevé par la mort commune à tous les hommes. Cet endroit ne me parait pas net, je crois qu'il y manque quelque chose.

 

indubitablement la chose : de même que si l'évangéliste disait :.Nous avons vu la gloire qui convient, qui est propre au vrai et à l'unique Fils de Dieu, roi de tout l'univers. C'est là une façon de parler usuelle, et je ne ferai pas difficulté d'invoquer cet usage à l'appui de mes paroles. Car il ne s'agit pas ici de beau langage ni de périodes harmonieuses, mais seulement de votre intérêt : c'est pourquoi rien ne nous empêche de tirer nos preuves de l'usage vulgaire.

Quel est donc cet usage? Vous allez l'apprendre: des personnes ont vu un monarque dans toute sa pompe et sa magnificence, il brille de toutes parts, il est tout couvert de pierres précieuses. S'il leur arrive de vouloir décrire à d'autres cette magnificence , cette pompe, ces ornements, cette gloire, ils peignent à leur manière, et comme ils peuvent, l'éclat de la pourpre, la grosseur des diamants, la blancheur des mules, l'or des harnais, le lustre des housses. Enfin , après avoir fait le récit de ces choses et de plusieurs autres, voyant qu'ils n'en peuvent pas bien représenter toute la richesse et la somptuosité, ils ajoutent aussitôt, mais pourquoi tant de paroles? En un. mot, il était comme un empereur, et par ce mot : « comme », ils ne veulent pas dire un homme semblable à l'empereur, mais l'empereur lui-même. C'est donc en ce même sens que l'évangéliste s'est servi de ce mot: a comme », pour montrer l'excellence d'une gloire incomparable. Tous les autres, les anges, les archanges, les prophètes exécutaient en tout les ordres qu'ils avaient reçus : mais le Fils unique agissait en tout avec l'autorité et la puissance qui n'appartient qu'au roi et au souverain Seigneur. Et voilà ce qui faisait l'admiration du peuple (Matth. VII, 28) ; c'est qu'il les instruisait comme ayant autorité.

2. Les anges, comme je l'ai dit, ont donc apparu sur la terre , avec beaucoup de gloire, à Daniel, à David, à Moïse; mais ils faisaient tout comme des serviteurs qui obéissent leurs maîtres: le Fils unique, au contraire, agissait en tout comme Seigneur et Roi de tout l'univers. Quoiqu'il soit venu et se soi montré sous une forme vile et basse, toutefois, dans cet abaissement même et sous cette formé de serviteur, la créature a connu son Seigneur. Comment? L'étoile , du haut du ciel, a appelé les mages pour venir l'adorer ; une grande troupe d'anges, répandue de tous côtés, le servait comme son Maître et chantait des hymnes à sa louange ; d'autres hérauts ont paru tout à coup , et s'étant tous rencontrés et joints ensemble, ils ont annoncé le grand et le profond mystère « de l'Incarnation n ; les anges l'ont annoncé aux pasteurs; les pasteurs aux habitants dé la ville; Gabriel à Marie et à Elisabeth; Anne et Siméon à ceux qui étaient dans le temple. Et non-seulement les hommes et les femmes en ont eu une grande joie , mais encore l'enfant qui n'était pas encore sorti du ventre de sa mère ; je parle de cet habitant du désert qui , portant le même nom que notre évangéliste, tressaillit dans le sein maternel (Luc, I , 41) : tous soupiraient dans l'espérance de l'enfantement qui devait arriver. Voilà ce qui s'est passé dans le temps de l'avènement. Mais lorsque le Fils unique se fut davantage manifesté, d'autres miracles plus grands que les premiers éclatèrent. Ce n'est plus une étoile , ni le ciel, ni les anges et les archanges, ni Gabriel et Michel, c'est Dieu le Père lui-même qui l'annonce du haut des cieux, et, avec le Père, le Saint-Esprit qui descend et demeure sur lui (Matth. III, 15; Marc, I, 10; II Pierre, II , 27), etc.; c'est donc avec vérité que Jean a dit : « Nous avons vu sa a gloire; sa gloire » , dis-je , « comme du Fils a unique du Père ».

Et en s'exprimant ainsi, il ne pense pas seulement à ces choses , mais encore à celles qui les ont suivies., Car les pasteurs, les veuves et les vieillards ne sont plus les seuls à nous l'annoncer: la voix. des événements , comme une trompette sonore, retentit à son tour, et si haut, que le son en parvient aussitôt jusqu'ici. « Sa réputation », dit l'Ecriture, « s'est répandue par toute la Syrie (Matth. IV, 24) ; elle l'a fait connaître à tout le monde. Tout publiait à haute voix que le Roi du ciel était arrivé. En effet, on voyait les démons fuir de toutes parts et céder la place ; le diable se retirer couvert de honte; la mort même , la mort d'abord repoussée, ensuite vaincue et entièrement détruite: toutes sortes d'infirmités étaient guéries, les sépulcres renvoyaient les morts (Matth. XXVII, 52) , les démons laissaient tranquilles les possédés, les maladies quittaient les malades. C'est alors qu'on vit tous ces prodiges et ces miracles que les prophètes avaient désiré devoir, comme de juste, et qu'ils n'avaient point vus : c'est alors qu'on a vu des yeux se former et recevoir la lumière ; et Jésus-Christ faisant voir à tous , en un moment et dans la plus excellente partie du corps, ce qui est si curieux, ce que tous les hommes ont dû souhaiter de voir, comment Dieu a formé Adam de la terre (1). De plus, on a vu des membres que la paralysie avait desséchés et comme détachés du corps, tout à coup rétablis et réunis aux autres; des mains mortes reprendre le mouvement, des pieds perclus sauter à l'instant, des oreilles bouchées s'ouvrir, et une langue, auparavant muette, parler soudain avec grand bruit. Car tel qu'un habile architecte qui rétablit une vieille maison délabrée, Jésus-Christ a réparé la nature humaine : les pièces qui étaient brisées, il les a remplacées; celles qui étaient désunies , il les a rejointes : il a relevé celles qui étaient absolument tombées.

Et que dirons-nous du rétablissement de l'âme, opération encore bien plus admirable que la guérison des corps ? Certes, la santé du corps est quelque chose de grand et de considérable; mais celle de l'âme lui est supérieure et de toute la distance qui sépare l'âme du corps.; comme aussi, pour cette autre raison , qu'il est de la nature du corps de se mouvoir, selon qu'il plaît au Créateur, et d'aller sans résistance partout où il veut qu'il aille, tandis que l'âme qui est libre, et qui a le pouvoir et la liberté d'agir, . n'obéit pas en tout à Dieu, si elle ne le veut pas. Car Dieu ne veut pas la rendre belle et vertueuse malgré elle , par force et par contrainte, parce que ce ne serait point là une vertu ; mais il veut la persuader librement et volontairement de devenir vertueuse et belle, ce qui est beaucoup plus difficile que l'autre guérison. Voilà pourtant ce qu'a fait Jésus-Christ. Toutes sortes de méchancetés et de maux ont été détruits. De même que, par les soins qu'il a donnés aux corps , il les a non-seulement guéris , mais encore rétablis dans une parfaite santé : ainsi, non-seulement il a tiré les âmes de l'abîme de la méchanceté et de la corruption , mais il les a élevées au comble même de la vertu. D'un publicain il a fait un apôtre: d'un persécuteur, d'un blasphémateur impie, l'instituteur de l'univers: les mages ont été les docteurs des

 

1. Comme dans la guérison de l'aveugle-né, où Jésus-Christ ayant craché à terre et fait de la boue avec sa salive, il oignit de cette boue les yeux de l'aveugle et lui rendit la vue. (Jean, IX, 6.) Dans la résurrection du Lazare, et dans tous les autres miracles qu'il a opérés, etc. (Jean, XI.)

 

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Juifs, le larron est devenu citoyen du ciel une prostituée a brillé par sa grande foi: de deux femmes, la chananéenne et la samaritaine, celle-ci femme débauchée comme la précédente; l'une entreprend de convertir ses concitoyens et amène à Jésus-Christ tous les habitants de sa ville, comme pris dans un filet; l'autre, par sa foi et sa persévérance, chasse le malin esprit de l'âme de sa fille; d'autres, encore pires que ceux-là, passent tout à coup au nombre des disciples. En un instant tout se réformait, les infirmités des corps, les maladies des âmes: tous recouvraient la santé et arrivaient à la plus haute vertu. Ce n'était pas seulement deux, ou trois, ou cinq, ou dix, ou vingt , ou cent personnes qui changeaient de vie et se convertissaient facilement, mais des villes et des provinces entières. Et qui pourrait parler dignement de la sagesse des préceptes, de la force et de la vertu des lois célestes, de l'excellence d'une morale tout angélique? Car, tel est le genre de vie que Jésus-Christ a introduit ici-bas , telles sont les lois qu'il a établies, et la morale qu'il a fondée , que ceux qui les suivent et s'y conforment deviennent aussitôt des anges, et semblables à Dieu , autant que cela est possible à l'homme, quand bien même ils auraient été les plus méchants de tous les hommes.

3. Voilà pourquoi l'évangéliste, rassemblant et se représentant tout à la fois tous les miracles que Jésus-Christ a opérés, soit dans les corps, soit dans les âmes, soit sur les éléments; et aussi les préceptes, ces dons mystérieux (lui sont plus grands et plus sublimes que les cieux mêmes, les lois, la morale, la foi, l'espérance, les promesses des biens futurs, la Passion; voilà, dis-je, pourquoi l'évangéliste a fait tonner sa voix, et prononcé ces admirables paroles qui renferment une sublime doctrine : « Nous avons vu sa gloire; sa gloire », dis-je, «  comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité ». Ce n'est pas seulement pour les miracles que nous l'admirons, mais nous l'admirons aussi dans sa Passion et dans ses souffrances : nous l'admirons attaché à une croix, flagellé, souffleté, couvert de crachats, et dans les coups que lui ont donné sur les joues ceux qu'il avait comblés de bienfaits. Il est juste en effet d'appliquer aussi les paroles de saint Jean à ces choses qui paraissent ignominieuses, puisque Jésus-Christ lui-même a appelé tout cela gloire. En effet, ces choses ne sont pas seulement des marques et des témoignages de sa providence et de son amour, mais encore de sa toute-puissance puisque c'est alors que la mort fut détruite, que la malédiction fut effacée (Gal. III, 13), que les démons furent confondus, qu'on triompha d'eux, et que la cédule de nos péchés fut attachée à la croix (Coll. II, 14).

De plus, comme ces miracles se faisaient invisiblement, il s'en fit quelques-uns visiblement, qui prouvaient que Jésus-Christ était le Fils unique de Dieu, et le Seigneur de toute la nature; son bienheureux corps étant encore attaché à la croix, le soleil retira sa lumière et s'obscurcit, la terre trembla et fut couverte de ténèbres, les sépulcres s'ouvrirent, les fondements de la terre furent ébranlés, une multitude innombrable de morts sortit du tombeau, ressuscita et vint dans la ville (Matth. XXVII, 51, Luc. XXIII, 44). Ensuite cet autre mort, qui avait été cloué et crucifié, ressuscita, sans déranger les pierres de son sépulcre, sans en briser les sceaux; et ayant rempli les onze disciples d'un grand courage et d'une force invincible, il les envoya dans tout le monde pour être les médecins universels de la nature, pour réformer la vie des hommes, pour répandre partout la semence de la céleste doctrine, détruire la tyrannie des démons, et faire connaître aux hommes les vrais, les ineffables biens ; pour nous prêcher l'immortalité de l'âme, la vie éternelle. du corps, des récompenses qui surpassent notre intelligence, et qui n'auront point de fin.

Le bienheureux évangéliste repassant donc dans son esprit toutes ces choses et plusieurs autres, que sûrement il connaissait bien, mais qu'il n'a pas voulu écrire parce que le monde n'aurait pu les contenir; car « si », dit-il, « on « rapportait tout en détail, je ne crois pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on a en écrirait» (Jean, XXI, 25); considérant, dis-je, toutes ces choses, il s'est écrié : « Nous avons vu sa gloire; sa gloire », dis-je, « comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité». II faut donc que ceux qui ont le bonheur de voir tant de merveilles, d'entendre une si belle doctrine, de recevoir de si grands dons, mènent une vie qui soit digne des dogmes, pour mériter de, jouir des biens futurs. En effet, Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu pour nous faire voir non-seulement sa gloire terrestre, mais encore sa gloire céleste. Voilà pourquoi il [157] a dit: « Je désire que là où je suis, ceux que a vous m'avez donnés y soient aussi avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire ». (Jean, XVII, 24.) Que si la gloire qu'il a eue sur la terre a été si brillante et si lumineuse, que penserons-nous , que dirons-nous de celle qu'il a dans le ciel? car on ne la verra pas dans une terre sujette à la corruption; elle ne se montrera point à nous tandis que nous sommes dans des corps fragiles et périssables; mais lorsque nous serons devenus des créatures immortelles et impérissables ; et elle se fera voir dans une si grande splendeur, qu'aucune parole ne peut l'exprimer. Heureux donc, et mille fois heureux ceux qui auront le bonheur d'être spectateurs de cette gloire, c'est d'elle que parle le prophète, quand il dit : « Que l'impie soit enlevé, pour ne pas voir la gloire du Seigneur ». (Isaïe, XXVI, 10, LXX.) Mais à Dieu ne plaise qu'aucun de vous soit enlevé de ce monde et privé de ce spectacle 1 Si, en effet, nous ne devions jamais en jouir, nous pourrions bien dire, nous aussi : il vaudrait mieux pour nous que nous ne fussions jamais venus au monde (Matth. XXVI, 24). Car pourquoi vivons-nous , pourquoi respirons-nous? Que sommes-nous, si nous sommes privés de la présence du Seigneur, si nous ne devons pas le voir? Si ceux qui ne voyent pas la lumière du soleil mènent une vie plus malheureuse que la mort, que croyez-vous que souffrent ceux qui sont privés d'une si grande lumière? Ici tout le malheur ne consiste que dans cette unique privation, mais là il n'en est pas de même : et pourtant, quand il n'y aurait que ce mal seul, le second supplice ne serait pas égal à l'autre; il le surpasserait d'autant que le soleil de l'autre monde surpasse le nôtre. Mais il y a aussi un autre supplice à attendre; c'est que celui qui ne voit pas ce soleil ne sera pas seulement jeté dans les ténèbres, mais encore il sera brûlé éternellement, éternellement il gémira, grincera des dents, et souffrira une infinité d'autres tortures.

Ne méprisons donc point tellement notre salut, ne nous exposons point par la négligence et le relâchement d'un instant a être jetés dans le supplice éternel : veillons au contraire, soyons sobres, travaillons, faisons tous nos efforts pour acquérir ces biens et échapper à ce fleuve de feu, qui coule à grand bruit devant le terrible et redoutable tribunal. Celui qui y sera une fois tombé, y demeurera éternellement : personne ne pourra le retirer du supplice, ni son père, ni sa mère, ni son frère. Les prophètes nous le crient hautement; l'un dit : « Le frère ne rachète point son frère, l'homme étranger le rachètera-t-il (1)? » (Ps. XLVIII, 7.) Ezéchiel ajoute quelque chose de plus fort : « Si Noé », dit-il, « et Job et Daniel sont en ce pays-là, ils n'en délivreront ni leurs fils, ni leurs filles ». (Ezéch. XIV, 16.) Là une seule chose peut nous aider et nous protéger, ce sont nos bonnes oeuvres; celui qui en sera dénué ne pourra se délivrer par aucune autre voie. C'est pourquoi pensons continuellement à ces vérités, méditons-les, purifions notre vie et rendons-la brillante, afin que nous nous présentions au Seigneur avec confiance, et que nous obtenions les biens qui nous sont annoncés, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui la gloire soit au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

1. Sur quoi saint Augustin dit : « Si Jésus-Christ, qui est votre figuré, ne vous rachète point, l'homme pourra-t-il vous racheter ? »

 

 

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