HOMÉLIE XVII

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HOMÉLIE XVII. TOUT M'EST PERMIS, MAIS TOUT NE M'EST PAS AVANTAGEUX. TOUT M'EST PERMIS, MAIS JE NE SERAI L'ESCLAVE D'AUCUNE CHOSE. (CHAP. VI, 42, JUSQU'AU VERS. 44.)

 

ANALYSE.

 

1. Saint Paul conseille la tempérance. — Il annonce la résurrection générale.

2. Preuve de la résurrection. — Elle est plus facile à Dieu que la création du monde.

3 et 4. Il ne faut pas vouloir trop pénétrer la sagesse de Dieu. — Ne pas croire la résurrection est la ruine des vertus.

 

1 Ici il fait allusion aux gourmands. Devant revenir au fornicateur, et la fornication étant le fruit de la volupté et des excès de table, il blâme amèrement ce vice. Il ne parle pas des choses défendues (celles-ci, sont permises) , mais des choses qui semblent indifférentes. Exemple : il est permis, leur dit-il, de manger et de boire ; mais il n'est pas avantageux de le faire avec excès. Manière étonnante et inouïe, qui cependant lui est habituelle et qu'il emploie encore, ici : il tourne la chose dans le sens contraire , et montre que le pouvoir de faire, non-seulement n'est pas avantageux, mais est moins un acte de liberté qu'un (402) signe d'esclavage. D'abord il dissuade par la raison du désavantage, en disant : « Ne m'est pas avantageux » ; et en second lieu , par celle du contraire, en disant: «Je ne serai l'esclave d'aucune chose ». Ce qui signifie : Il est en votre pouvoir de manger; conservez donc ce pouvoir; mais prenez garde d'en devenir esclave. Celui qui en usé dans la mesure du besoin, en est le maître; celui qui va jusqu'à l'excès n'en est plus le maître, mais l'esclave ; la gourmandise exerce sur lui sa tyrannie. Voyez-vous comme il démontre que celui qui croit être le maître est réellement assujetti? C'est l'usage de Paul, je l'ai déjà dit, de tourner les objections en sens contraire, et c'est ce qu'il fait ici. Examinez un peu, chacun d'eux disait : Il n'est permis de me livrer au plaisir; lui répond : En le faisant, vous n'exercez pas un pouvoir, vous subissez une servitude. Car vous n'êtes pas le maître de votre estomac, quand vous vous livrez à l’intempérance, mais c'est lui qui vous domine. On en peut dire autant des richesses et d'autres choses encore.

« Les aliments sont pour le ventre ». Par ventre il entend ici non le ventre proprement dit, mais la gourmandise; comme quand il dit : « Dont le Dieu est le ventre » (Philip. III, 19) ; ce n'est pas de l'organe qu'il parle, mais de la gloutonnerie. Pour preuve , écoutez la suite : « Et le ventre pour les aliments. Or le « corps n'est point pour la fornication, mais pour le Seigneur ». Or le ventre est aussi le corps. Mais il a fait ici deux rapprochements les aliments et l'intempérance qu'il appelle le ventre, le Christ et le corps. Que signifient ces paroles : « Les aliments sont pour le ventre?» Cela veut dire : Les aliments ont de l'affinité avec l'intempérance, et celle-ci en a avec l'estomac. Elle ne vaut donc nous amener au Christ, mais elle nous entraîne vers les aliments. C'est une passion mauvaise, animale, qui nous rend esclaves et se fait servir. Pourquoi donc, ô homme, vous inquiétez-vous, soupirez-vous pour des aliments? Car voilà à quoi aboutit ce service , et pas à autre chose. C'est une maîtresse qu'on sert, c'est un esclave permanent, et cela ne va pas au delà; il n'y a rien de plus que ce vain ministère. Et les deux sont unis entre eux et périssent ensemble, le ventre et les aliments, les aliments et le ventre; c'est un cercle qui ne finit pas, comme si les vers naissaient d'un corps putréfait et le dévoraient à leur tour, ou comme le flot qui; se gonfle et disparaît ensuite sans autre résultat. Or ce n'est pas précisément des aliments et du corps que l'apôtre parle ; mais il veut blâmer, le vice de la gourmandise et l'excès dans la nourriture, comme la suite le prouve: Car il ajoute : « Mais Dieu détruira l'un et l'autre ». Ce n'est pas de l'estomac qu'il dit cela, mais de l'intempérance; ni des aliments, mais de la volupté. Ce n'est point aux besoins du corps qu'il en veut , puisqu'il les règle, en disant : « Ayant la nourriture et le vêtement, contentons-nous-en » (I Tim. VI, 8); mais par, là même il désapprouve le vice, et après avoir donné un conseil, il confie le succès à la prière. Quelques-uns disent que c'est ici fine prophétie relative ait siècle futur où l'on né sera plus obligé de manger et de boire. Alors si l'usage modéré doit avoir un terme, c'est une raison de plus pour ne pas abuser. Ensuite pour qu'on ne dise pas que c'est le corps même qui est en cause, que dans la partie le tout est condamné, et encore que le corps est la cause de la fornication, écoutez la suite : Je n'accuse point la nature du corps, dit-il, mais l'intempérance de l'âme. C'est pourquoi il ajoute : « Or le corps n'est point pour la fornication mais pour le Seigneur ». Il n'a point été créé ; pour servir d'instrument à la débauche et à la fornication, pas plus que le ventre pour la gourmandise; mais pour suivre le Christ, son chef, en sorte que le Seigneur soit la tête du corps entier. Craignons donc , tremblons donc d'être souillés de tant de vices, nous qui avons reçu l'insigne honneur d'être les membres d'un chef assis au ciel ; après avoir ainsi suffisamment blâmé les intempérances, il les détourne encore de ce vice, en disant: « Car Dieu a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera aussi par sa puissance. »

2. Voyez-vous encore une fois la sagesse de l’apôtre ? Toujours , et surtout en ce cas-ci , il prouve par l'exemple du Christ qu'il faut croire à la résurrection. En effet, si notre corps est un membre du Christ, et si le Christ est ressuscité , il faut, que le corps suive la tête : « Par sa puissance ». Comme ce qu'il vient d'affirmer est incroyable et ne peut se saisir par le raisonnement, il attribue à la puissance infinie la résurrection du Christ et en tire une forte démonstration contre les incrédules. Il n'emploie pas cet argument pour la résurrection du Christ; il ne dit pas: Dieu (403) ressuscitera le Seigneur; car le fait a déjà eu lieu: que dit-il donc? «Dieu a ressuscité le Seigneur », et il n'a pas besoin de preuve. Mais il ne parle pas ainsi de notre résurrection , qui n'a pas encore eu lien: qu'en dit-il ? « Et nous ressuscitera aussi par sa puissance», fermant ainsi la bouche à ses adversaires, puisque la puissance du Dieu qui ressuscite est déjà démontrée. Et s'il attribue au Père la résurrection du Fils, que cela ne vous trouble pas. Ce n'est pas parce que le Christ n'a pas pu se ressusciter lui-même; puisqu'il a dit: « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours ». (Jean, II, 19.) Et encore: « J'ai le pouvoir de donner ma vie et j'ai le pouvoir de la reprendre ». (Id. X, 13.) Et il dit aussi dans les Actes : « Auxquels il se montra vivant ». (Act. I, 3.) Pourquoi donc Paul parle-t-il ainsi? Parce qu'il attribue au Père les actions du Fils et au Fils les actions du Père. « Car tout ce que le Père fait », dit le Christ lui-même , « le Fils le fait pareillement ». (Jean, V, 19.) Et c'est tout à fait à propos qu'il rappelle ici la résurrection , pour contenir par cette espérance la tyrannie de la gourmandise , disant presque en propres termes: Vous avez mangé et bu sans mesure : à quoi cela aboutira-t-il? A rien qu'à la corruption. Vous avez été uni au Christ; quel en sera le résultat? Un résultat magnifique, admirable; cette future résurrection, pleine de gloire et au-dessus de tout ce qu'on en peut dire.

Que personne donc ne refuse de croire à la résurrection ; et si quelqu'un n'y croit pas, qu'il songe combien Dieu a produit de rien, et qu'il eu tire une preuve en faveur de ce dogme. En effet , ce qui existe est beaucoup plus merveilleux et contient un grand miracle. Dieu prend de la terre (et la terre n'existait pas auparavant ) , il la pétrit et il en fait l'homme. Comment la terre est-elle devenue un homme? comment a-t-elle été produite, quand elle n'existait pas ? Et comment produit-elle elle-même ces innombrables espèces d'animaux, de semences, de plantes, sans douleurs d'enfantement, sans être arrosée par les pluies, sans culture, sacs boeufs, sans charrue, sans rien qui l'aide en ce travail ? C'est pour vous enseigner tout d'abord le dogme de la résurrection , que tant de variétés de plantes et d'animaux sont sortis d'une terre inanimée et insensible. C'est en effet quelque chose de plus incompréhensible que la résurrection.

Rallumer un flambeau éteint, ou produire un feu qui n'existe pas, ce n'est pas la même chose; ce n'est pas non plus la même chose de rebâtir une maison détruite ou d'en élever une qui n'existe pas. Dans le premier cas, il y a au moins des matériaux, s'il n'y a pas autre chose; mais dans le second , on n'aperçoit aucune substance. C'est pourquoi Dieu a d'abord fait ce qui semble le plus difficile, pour vous faire admettre ce qui est le plus facile. Et si je dis plus difficile, ce n'est pas pour Dieu, mais par rapport à nos propres idées; car rien n'est difficile à Dieu; ruais comme le peintre qui peut tracer une image, en fera facilement dix mille, ainsi Dieu peut créer des mondes par milliers, des mondes innombrables; ou plutôt , comme il vous est facile d'imaginer une ville et des mondes sans nombre, ainsi, et bien plus aisément encore, Dieu peut les créer. Car enfin cette pensée exige encore de vous un petit espace de temps ; mais il n'en est pas ainsi de Dieu ; autant les pierres sont plus lourdes que les objets les plus légers et que notre propre pensée, autant notre pensée elle-même est au-dessous de la rapidité avec laquelle Dieu crée.

Vous admirez son pouvoir sur la terre? Songez aussi comment le ciel qui n'existait pas a été fait, et des étoiles innombrables, et le soleil et la lune ; car rien de cela n'était. Ensuite, dites-moi comment et sur quoi tout cela, une fois créé, se maintient? Quel est leur point d'appui, quel est celui de la terre? Ce qu'il y a au-delà de la terre? Et après cela, quoi encore? Voyez-vous dans quel abîme se perd l'oeil de votre intelligence, si vous ne recourez aussitôt à la foi et à la puissance incompréhensible du Créateur? Que si vous voulez juger d'après les opérations humaines , vous pourrez peu à peu donner des ailes à votre pensée. Quelles opérations , dites-vous? Ne voyez-vous pas comment les potiers forment un vase d'une matière brisée et informe ? comment ceux qui coupent les métaux font voir que la terre est de l'or, du fer, de l'airain? comment les verriers transforment du sable en un corps solide et transparent? Parlerai-je des corroyeurs, dé ceux qui teignent les vêtements en pourpre, comme ils métamorphosent l'objet qui prend la teinture? Parlerai-je de notre génération ? comment un peu de semence, informe, sans figure, entre dans la matrice qui la reçoit? D'où vient donc la (404) formation animale ? Qu'est-ce que le blé? Ne jette-t-on pas simplement le grain dans la terre? Une fois jeté, n'y pourrit-il pas? D'où viennent les épis , les barbes, les chaumes et tout le reste? Un petit pépin de figue tombant en terre ne produit-il pas souvent des racines, des branches et des fruits? Vous admettez tout cela sans en rechercher curieusement la cause, et vous ne demandez compte à Dieu que de la transformation de nos corps ? Est-ce pardonnable ?

3. C'est aux grecs que nous faisons ces raisonnements et d'autres de ce genre ; quant à ceux qui suivent les Ecritures, ils n'ont pas même besoin qu'on en parle. Si, en effet, vous voulez soumettre toutes les oeuvres de Dieu à une enquête, en quoi Dieu est-il au-dessus de l'homme ? Et encore y a-t-il peu d'hommes avec qui nous agissions ainsi. Si donc il est des hommes avec qui nous nous dispensons de ces recherches curieuses , à bien plus forte raison ne devons-nous point scruter la sagesse de Dieu ni lui demander de compte : d'abord parce que celui qui a parlé est digne de foi ; ensuite parce que le sujet même n'admet pas l'action du raisonnement. Car Dieu n'est pas tellement pauvre qu'il ne puisse faire que des choses accessibles à votre faible intelligence. Si vous ne comprenez pas même l’oeuvre d'un artisan , beaucoup moins comprendrez-vous celle de l'Ouvrier par excellence. Ne rejetez donc point le dogme de la résurrection, autrement vous serez bien loin des espérances à venir. Mais où est donc la sagesse, ou plutôt l'immense folie de nos contradicteurs ? Ils demandent: Comment un,corps peut-il ressusciter quand il a été mêlé à la terre, qu'il est devenu terré et que cette terre elle-même a été déplacée ? Cela vous semble impossible , mais non à celui dont l'œil ne dort pas; car tout est à découvert devant lui. Vous ne voyez pas la distinction qui subsiste dans la confusion ; mais lui voit tout; vous ne savez pas ce qui se passe dans le cœur de votre prochain, et lui le sait.

Si vous ne croyez pas que Dieu ressuscite, parce que vous ne comprenez pas comment il ressuscite, vous ne croirez pas non plus qu'il lit dans les coeurs , car ce sont dès choses cachées. Et encore même dans un corps dissous reste-t-il une matière visible , tandis que les pensées sont invisibles. Et celui qui voit parfaitement les choses invisibles, ne verra pas les choses visibles et ne pourra facilement discerner un corps? Chacun sent qu'il le peut. Ne rejetez donc point la résurrection: car c'est une suggestion diabolique. Et le démon n'a pas seulement en vue de détruire la foi à la résurrection , mais encore de détruire et d'anéantir les oeuvres de la vertu. En effet, l'homme qui ne s'attend pas à ressusciter et à rendre compte de ces actions, ne se pressera guère de pratiquer la vertu ; et, en retour , celui qui ne pratique pas la vertu, ne croira pas à la résurrection: car ce sont deux choses qui s'engendrent mutuellement : le vice par l'incrédulité, et l'incrédulité par le vice. Une conscience chargée de nombreuses iniquités, inquiète, redoutant la vengeance future et ne voulant pas se rassurer elle-même par le changement de vie , cherche le repos dans l'incrédulité. Et quand vous niez la résurrection et le jugement, ce pécheur dira : Je ne rendrai donc pas compte de mes crimes? Que dit cependant le Christ? « Vous êtes dans l'erreur, ne connaissant ni les Ecritures ni la puissance de Dieu ». (Matth. XXII, 29.) Dieu n'aurait pas tant fait s'il n'avait dû nous ressusciter, mais seulement nous détruire et nous réduire à néant; il n'eût point étendu cette vaste voûte du ciel sur nos têtes, ni étalé la terre comme un tapis sous nos pieds, il n'eût point créé tant de choses pour une si courte vie que la nôtre. Et s'il a l'ait tout cela pour la vie présente, que ne fera-t-il pas pour la vie future?

Mais si la vie future n'existe pas, nous sommés bien au-dessous des objets créés pour nous. En effet, le ciel , la terre, la mer, les fleuves, certains animaux mêmes, durent plus que nous; car la corneille, la race des éléphants et beaucoup d'autres encore, jouissent plus longtemps de la vie présente. Pour nous l'existence est courte et pénible , pour eux elle ,est longue et bien plus exempte de chagrin et de soucis. Comment, de grâce , le Créateur a-t-il plus favorisé le serviteur que le maître? Je vous en conjure, ne raisonnez pas ainsi : ne soyez pas , ô homme ! dénué d'intelligence, et puisque vous avez un tel Maître, ne méconnaissez pas ses richesses. Au commencement Dieu a voulu vous faire immortel, et vous ne l'avez pas voulu. Car c'étaient des indices d'immortalité, ces entretiens familiers avec Dieu , cette vie paisible , cette exemption de chagrin , de soucis, de travaux et des autres accidents du temps. Adam n'avait pas besoin (405) de vêtement, ni de maison, ni de rien de semblable; il était plus rapproché des anges; prévoyait beaucoup de choses à venir et était rempli d'une grande sagesse Ce que Dieu faisait en cachette, en formant la femme, il en eut connaissance. Aussi dit-il : « Maintenant voilà l'os de mes os et la chair de ma chair ». (Gen. II, 23.) Puis est venu le travail, puis la sueur, ensuite la honte, la crainte, la timidité à parler; car auparavant il n'y avait ni chagrin, ni douleur, ni gémissement. Mais il ne demeure pas longtemps dans cette situation honorable.

4. Que faire donc? direz-vous. Dois-je périr à cause de lui? Non précisément à cause de lui, car vous n'êtes pas non plus resté sans péché; et. si vous n'avez pas commis le même, vous en avez certainement commis un autre. D'ailleurs, vous n'avez rien perdu au châtiment; vous y avez gagné, agi contraire. Si vous eussiez dû rester toujours mortel, peut-être auriez-vous raison de dire ce que vous dites; mais maintenant vous êtes immortel, et si vous le voulez, vous pouvez surpasser le soleil même en éclat. Si je n'avais pas eu un corps mortel, dites-vous, je n'aurais pas péché. Eh ! de grâce , Adam avait-il un corps mortel , quand il a péché? Non : car si son corps eût été mortel, la mort ne lui eût pas été infligée par forme de punition. C'est ce qui prouve qu'un corps mortel n'est point un obstacle à la vertu, qu'il rend sage, au contraire, et procure les plus grands avantages. Si, en effet, l'attente seule de l'immortalité a inspiré un si grand orgueil à Adam, à quel point aurait-il porté l'arrogance , s'il eût été réellement immortel? Maintenant, depuis la, chute , vous pouvez expier Nos péchés, puisque votre corps est vil, abject, sujet à la décomposition: car ces considérations sont propres à rendre sage mais si vous aviez péché dans un corps immortel , peut-être vos péchés eussent-ils duré davantage. N'accusez donc point la mortalité d'être la cause du péché; c'est la mauvaise volonté qui est la racine de tous les maux. Pourquoi le corps d'Abel ne lui a-t-il porté aucun préjudice? Pourquoi n'a-t-il servi de rien aux démons de n'avoir pas de corps? Voulez-vous savoir comment un corps mortel n'est pas nuisible, mais est même utile? Voyez ce que vous gagnez par lui si vous êtes sobre. Il vous retire du vice , il vous en arrache par les douleurs, les chagrins, les travaux et autres moyens semblables.

Mais, dites-vous, il m'entraîne à la fornication. Ce n'est pas lui , mais l'incontinence; tandis que les choses que je vous indiquais tout à l'heure lui appartiennent en entier. Aussi n'est-il pas donné à l'homme qui entre dans cette vie de se soustraire à la maladie, àla douleur, à la tristesse; mais il peut ne pas commettre la fornication. Si les vices étaient naturels au corps, ils seraient universels : car tout ce qui est naturel est universel. Or, la fornication ne l'est pas : elle provient de la volonté, tandis que la souffrance vient de la nature. N'accusez pas votre corps, ne vous laissez pas ravir par le démon l'honneur que Dieu vous a fait. Si nous le voulons , le corps sera un frein excellent pour contenir les mouvements de l'âme, réprimer l'orgueil, empêcher la jactance et nous aider dans des oeuvres très-importantes. Ne me parlez pas de certains fous furieux; nous voyons souvent des chevaux secouer frein et cocher et se jeter dans les précipices; nous ne nous en prenons pas au frein pour cela; il a été jeté de côté ; ce n'est pas lui qui est cause du mal, mais le cocher qui n'a rien su retenir. Croyez qu'il en est de même ici : Si vous voyez un jeune orphelin commettre mille sottises, n'accusez pas son corps, mais le cocher, c'est-à-dire, la raison qui se laisse entraîner. Les rênes n'embarrassent pas le cocher, mais lui seul est coupable s'il ne sait pas les tenir convenablement; aussi est-ce lui qu'elles accusent quand elles sont enchevêtrées, qu'elles l'entraînent à terre et le forcent à partager leur propre infortune.

De même en est-il ici : Tant que tu tenais les rênes, dit le frein, je dirigeais la bouche du cheval; mais parce que tu as tout lâché, je te punis de ta négligence, je m'embarrasse et je t'entraîne, pour ne plus éprouver le même sort. Que personne ne s'en prenne donc aux rênes, mais à lui-même et à sa volonté corrompue. Car chez nous la raison est le cocher; et le corps joue le rôle des rênes qui établissent le rapport entre les chevaux et le cocher. Si les rênes sont tenues régulièrement, remplissent bien leur fonction, vous n'éprouverez rien de fâcheux; si vous les lâchez, tout disparaît, tout est perdu. Soyons donc sages , et n'accusons pas notre corps, mais notre mauvaise volonté. C'est là l'oeuvre du démon d'exciter les insensés à accuser leur corps, Dieu, le prochain, tout plutôt que leur propre (406) perversité, de peur qu'ils ne coupent la racine de leurs maux, s'ils venaient à la connaître. Mais vous qui connaissez ses embûches, tournez votre colère contre lui, mettez le cocher sur le siège et tournez, vos yeux vers Dieu. Partout ailleurs, celui qui propose un combat ne s'en. mêle pas et attend la fin : mais ici c'est Dieu même qui règle et établit la lutte.

Rendons-le-nous donc propice, et nous obtiendrons certainement les biens futurs, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en qui appartiennent au Père, en union avec le Saint-Esprit, la gloire, l'empire, la force, l'honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

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