SERMON LII
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CINQUANTE-DEUXIÈME SERMON. De la maison de la sagesse divine, c'est-à-dire de la Vierge Marie.

1. « La Sagesse s'est bâtie une maison, etc. (Prov. IX, 1). » Comme le mot sagesse se prend en plusieurs sens, il faut rechercher qu'elle est la sagesse qui s'est bâtie une maison. En effet, il y a la, sagesse de la chair qui est ennemie de Dieu. (Rom. VIII, 7), et la sagesse de ce monde qui n'est que folie aux yeux de Dieu (I Cor. III, 19). L'une et l'autre, selon. l'apôtre saint Jacques, font la sagesse de la terre, la sagesse de la terre « la sagesse animale, diabolique (Jacob. III, 15). » C'est suivant cette sagesse que sont sages ceux qui ne le sont que pour faire le mal, et qui ne savent pas faire le bien; mais ils sont; accusés et condamnés dans leur sagesse, selon ce mot de l'Écriture : « Je saisirai les sages dans leurs ruses, je perdrai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants (I Cor. I, 19). » Il me semble qu'on peut parfaitement et proprement appliquer à ces sages cette parole de Salomon : « Il est encore un mal que j'ai vu sous le soleil, c'est l'homme qui est sage à ses yeux. » Ni la sagesse de la chair, ni celle, du monde n'édifie, loin de là, elle détruit plutôt la maison, où elle habite. Il y a donc une autre sagesse qui vient d'en haut; elle est avant tout prodigue, puis elle est pacifique. Cette Sagesse c'est le Christ, la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu, dont l'Apôtre a dit : « Il nous a été donné pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Cor. I, 30. »

2. Ainsi cette Sagesse qui était la sagesse de Dieu, et qui était Dieu, venant à nous du sein du Père, s'est édifié une demeure, je veux parler de la Vierge Marie sa mère, et dans cette demeure il a taillé sept colonnes. Qu'est-ce à dire, il a taillé dans cette maison sept colonnes, si ce n'est qu'il l'a préparée par la foi et par les œuvres à être une demeure digne de lui? Le nombre trois est le nombre de la foi à cause de la sainte Trinité, et le nombre quatre est celui des mœurs à cause des quatre vertus principales. Je dis donc que la sainte Trinité s'est trouvée dans la bienheureuse Marie, et s'y est trouvée par la présence de sa majesté, bien qu'elle n'ait reçu que le Fils quand il s'est uni la nature, humaine : et j'en ai pour garant le témoignage même du messager céleste qui lui découvrit en ces termes le secret de ce mystère : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous : » et un peu après : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre (Luc. I, 28). » Ainsi vous avez le Seigneur, vous avez la vertu du Très-Haut et vous avez le Saint-Esprit : en d'autres termes, vous avez le Père, le Fils et le Saint. Esprit. D'ailleurs le Père ne va point sans le Fils, non plus que le Fils sans le Père, de même que le Saint-Esprit, qui procède des deux, ne va ni sans l'un ni sans l'autre, s'il faut en croire ces paroles du Fils : « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Et ailleurs : « Quant à mon Père qui demeure en moi, c'est lui qui fait tout (Joan. XIV, 10). » Il est clair que la foi de la sainte Trinité se trouvait dans le cœur de la Vierge.

3. Mais eut-elle aussi les quatre autres colonnes, je veux dire les quatre vertus principales? Le sujet mérite que nous nous en assurions. Voyons donc d'abord si elle eut la vertu de force. Comment cette vertu lui aurait-elle fait défaut quand, rejetant les pompes du siècle et méprisant les voluptés de la chair, elle conçut le projet de vivre pour Dieu seul dans sa virginité? Si je ne me trompe, la Vierge est la femme dont Salomon parle en ces termes : « Qui trouvera une femme forte? Elle est plus précieuse que ce qu'on va chercher au bout du monde (Prov. XXXI, 10). » Telle fut sa force, en effet, qu'elle écrasa la tête du serpent à qui le Seigneur avait dit : « Je mettrai des inimitiés entre la femme et toi, entre sa race et la tienne; elle t'écrasera la tête (Gen. III, 15). » Pour ce qui est de la tempérance, de la prudence et de la justice, on voit plus clair que le jour, au langage de l’Ange, et à sa réponse à elle, qu'elle possédait ces vertus. En effet, à ce salut si profond de l'Ange, « je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, » au lieu de s'élever dans sa pensée, en s'entendant bénir pour ce, privilège unique de la grâce, elle garde le silence, et se demande intérieurement ce que pouvait être ce salut extraordinaire. N'est-ce point la tempérance qui la fait agir en cette circonstance? Puis, lorsque l'Ange l'instruit des mystères du ciel, elle s'informe de lui, avec soin, de la manière dont elle pourrait concevoir et enfanter un fils, puisqu'elle ne connaissait point d'homme; évidemment, dans ces questions, éclate sa prudence. Quant à sa justice, elle la prouve lorsqu'elle se déclare la servante du Seigneur. En effet, on trouve la preuve que la confession est le propre des justes dans ces paroles du Psalmiste : « Ainsi les justes confesseront votre nom, et ceux qui ont le cœur droit demeureront en votre présence (Psal. CXXXIX, 14). » Ailleurs, on lit encore, à propos des justes : « Et vous direz, en confessant ses louanges, les pauvres souverainement bonnes du Seigneur (Eccli. XXXIX, 21). »

4. Ainsi la bienheureuse Vierge Marie s'est montrée forte dans ses desseins, tempérante dans son silence, prudente dans ses questions et juste dans sa confession. C'est sur ces quatre colonnes des mœurs et sur les trois de la foi dont j'ai parlé plus haut, que la sagesse céleste s'est élevée en elle une demeure; elle remplit si bien son cœur que, de la plénitude de son âme, sa chair fut fécondée et que toute Vierge qu'elle fût, elle enfanta, par une grâce singulière, cette même Sagesse qui s'était revêtue de notre chair, et qu'elle avait commencé par concevoir auparavant dans son âme pleine de pureté. Et nous aussi, si nous voulons devenir la demeure de cette même Sagesse, il faut que nous lui élevions également en nous une demeure qui repose sur les sept mêmes colonnes, c'est-à-dire que nous nous préparions à la recevoir par la foi et les mœurs. Or, dans les vertus morales je crois que la justice toute seule peut suffire, mais à condition qu'elle se trouve entourée et soutenue par les autres vertus. Aussi, pour ne point nous trouver induits en erreur par l'ignorance, il faut que la prudence marche devant ses pas, que la tempérance et la force marchent à ses côtés, la soutiennent et l'empêchent de tomber soit à droite, soit à gauche.

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